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Agriculture et littoral : un avenir à haut risque

Activités économiques littorales et maritimes, Économie maritime et des territoires littoraux

Rédacteur : François Lefebvre, Cnasea

Peu peuplé et pauvre, telle était la réalité du littoral français jusqu'à la fin du 19ème siècle. Le 20ème siècle et plus particulièrement les trois dernières décennies ont transformé nos bords de mer. L'agriculture comme la pêche, activités traditionnelles du littoral, peinent désormais à se maintenir face à des activités plus lucratives liées au tourisme. L'extraordinaire attractivité dont bénéficie nos côtes a entraîné une urbanisation exponentielle depuis la fin des années 60 telle qu'aujourd'hui la densité de population y est 2 fois et demie supérieure à la moyenne nationale.

Pour répondre à ces changements rapides, les encadrer et protéger les exceptionnelles richesses environnementales de ce milieu très particulier, les pouvoirs publics ont créé le Conservatoire du littoral en 1975 puis ont adopté la Loi littoral en 1986. Le maintien ou le développement de l'agriculture dans la zone littorale des activités agricoles figurent dans les objectifs de cette loi.

Une agriculture littotale en perte de vitesse

L'agriculture occupe encore près de la moitié de l'espace littoral (45%), soit environ 700 000 hectares. Et on y compte environ 50 000 exploitations, soit 1/10 du nombre total des exploitations en France.

Mais la diminution des surfaces agricoles est plus rapide sur les côtes qu'ailleurs. Cette diminution a été 5.5 fois plus rapide pendant la décennie 80 et 2.5 fois dans les années 90. Le constat est clair : l'agriculture littorale est en déclin et s'apparente à l'agriculture périurbaine.

La pression urbaine, issue des migrations de la population vers les rivages, et le tourisme en sont la cause. Et ce ne sont pas les 3.4 millions d'habitants supplémentaires devant s'installer sur le littoral d'ici 2030 (selon la DATAR) qui permettront d'inverser la tendance.

Les chiffres des nouvelles installations d'agriculteurs sont encore plus alarmants. Cinq longues années ont en effet été nécessaires pour installer les 1000 derniers chefs d'exploitation aidés (on entend par chefs d'exploitation aidés, les agriculteurs qui ont reçu la Dotation Jeune Agriculteur - DJA au moment de leur installation). Autrement dit, sur l'ensemble des communes du littoral de France métropolitaine, seulement 200 agriculteurs s'installent chaque année. Près de la moitié de ces installations concerne la Bretagne (43% exactement).

Tableau 1 : répartition géographique des 1 000 dernières installations aidées dans les communes littorales

Une agriculture bien particulière

L'installation en agriculture sur le littoral, plus encore qu'ailleurs, est un choix. Les agriculteurs s'installant hors du cadre familial (on les appellera HCF) y représentent 36% des nouvelles installations contre 30% au niveau national. Les HCF sont des citadins revenant à la terre, des étrangers ou même des enfants d'agriculteurs ne reprenant pas la ferme familiale et pour lesquels l'installation est un projet de vie et de couple motivé, entre autre, par la recherche d'un meilleur cadre de vie. Cadre de vie que la plupart d'entre eux juge " exceptionnel " : la beauté des paysages et le soleil plaisent, c'est une évidence.

Les exploitations que vous rencontrez sur le littoral ne sont pas à l'image de celles de l'intérieur des terres :

  • Elles sont plus petites. Ainsi, la taille moyenne des exploitations individuelles aidées est de 31ha au moment de l'installation   contre 43ha au niveau national. Au niveau régional, elle est de seulement 15ha sur la bordure méditerranéenne et atteint 56ha   sur les rivages de la mer du Nord et de la Normandie ;

  • On y travaille seul. La taille réduite des exploitations mais aussi la présence importante de HCF (souvent à la recherche d'une   grande autonomie dans le travail) explique que les agriculteurs du littoral adoptent, plus qu'ailleurs, le statut individuel. Le   phénomène est particulièrement marqué sur le pourtour méditerranéen (70% de statut individuel) ;

Les productions y sont souvent spécifiques. En particulier, maraîchage et arboriculture fruitière façonnent l'identité agricole   littorale. Si les productions sont à l'image régionale sur les rivages de la mer du Nord et de la Manche (3/4 des installés ont une   production bovine) et en Méditerranée (viticulture, horticulture, maraîchage), l'absence de céréaliers sur les bords de l'Atlantique   ou l'importante production maraîchère sur les rivages bretons et corses sont bien des caractéristiques de ces littoraux. 

© CNASEA : maraichage sur le littoral breton