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Evolution des populations d’oiseaux d’eau hivernant sur les différentes façades du littoral métropolitain

Etat du milieu marin et littoral, Etat biologique

Rédacteur : LPO

Contexte

Les populations d’oiseaux d’eau sont suivies tous les ans à la mi-janvier sur un ensemble de sites en zones humides prédéterminés dans le cadre du programme Wetlands International et piloté en France par la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO), pour le compte du ministère en charge de l’Écologie. Ce document analyse l’évolution de 1980 à nos jours des populations d’oiseaux d’eau hivernant sur les trois façades du littoral métropolitain : les façades Manche - mer du Nord, atlantique et méditerranéenne. 

Quatre grands groupes d’oiseaux ont été sélectionnés pour la présente analyse, selon des critères d’abondance et d’exhaustivité des comptages :

  • Anatidés et foulques : bernaches, canards, cygnes, oies…
  • Limicoles : chevaliers, barges, bécasseaux, Courlis cendré, gravelots…
  • Echassiers : aigrettes, cigognes, Flamant rose, Grue cendrée et hérons
  • Plongeons et grèbes : Grèbe huppé, Grèbe castagneux, Plongeon arctique…


Résidents ou migrateurs, c’est sur le littoral que plus de la moitié des oiseaux d’eau recensés en France passent l’hiver et profitent de milieux riches et variés : grandes baies et estuaires, lagunes côtières, linéaires côtiers sableux et rocheux… Mais le littoral est aussi un territoire attractif pour l’homme, avec une densité de population et une artificialisation des terres qui ne cessent de croître. Les milieux naturels régressent sur toutes les façades maritimes et se retrouvent cloisonnés et isolés les uns des autres. Sur ces espaces, les espèces peuvent alors être soumises à des pressions plus ou moins fortes liées aux activités humaines, qu’elles soient récréatives, sociales, culturelles ou économiques (tourisme, pêche…). Les oiseaux d’eau ne cohabitant pas facilement avec ces activités humaines, ils ont alors tendance à se concentrer dans les espaces protégés, nombreux sur le littoral.

Manche - mer du Nord

Comme sur les autres façades maritimes, l’augmentation des effectifs de limicoles sur la façade Manche - mer du Nord est notable (figure 1 ; 1980-2012 : +187 % ; n = 15 esp.). Le Tournepierre à collier ou le Bécasseau sanderling progressent très fortement sur cette façade.

Si une meilleure reproduction en Arctique et de possibles redistributions de populations  peuvent expliquer, en partie, ces évolutions, la mise en réserve d’un grand nombre de baies et d’estuaires sur le littoral depuis les années 1980 a indubitablement contribué à l’essor de l’hivernage des populations de limicoles sur le littoral.

Les anatidés et les foulques progressent eux aussi fortement (1980-2012 : +157 % ; n = 22 esp.), mais avec des variations interannuelles très marquées. Ces variations sont à rapprocher des arrivées d’oiseaux nordiques conditionnées par la grande sensibilité de ce groupe au gel des plans d’eau : les 4 pics observés en 1982, 1987, 1997 et 2011 correspondent à des hivers particulièrement rigoureux dans le nord de l’Europe. Au sein de ce groupe, une part importante d’espèces en augmentation est en fait contrebalancée par des espèces en déclin (6 espèces en déclin sur cette façade ; figure 2). Ainsi les effectifs de macreuses, Macreuse brune et Macreuse noire, sont en déclin, respectivement sévère et modéré, sur cette façade comme sur l’ensemble de leurs aires de répartition en Europe (Skov et al. 2011; Wetlands International 2012). Cependant les difficultés de comptage (visibilité en mer et couverture des sites) ne permettent pas réellement de statuer sur l’évolution des populations, des comptages aériens seraient nécessaires pour ces espèces. A l’inverse, des espèces sont en très forte augmentation sur la façade Nord comme l’Oie cendrée. Cette augmentation concerne en fait l’ensemble de la population du nord-ouest de l’Europe en lien avec une diminution globale de la pression de chasse associée à une amélioration de la qualité des sites d’hivernage et de mue de l’espèce à travers l’Europe (Pays-Bas, Espagne...).

L’augmentation des effectifs de plongeons et grèbes (1995-2012 : +108 % ; n = 7 esp.) sur la façade traduit une augmentation générale des populations de ce groupe (seul le Plongeon arctique est en déclin) mais qui reste difficile à interpréter au regard des problèmes  inhérents aux conditions de comptage (la houle et la visibilité en mer influencent fortement la détectabilité des plongeons et des Grèbes à cou noir ou esclavon). La prospection moindre des sites maritimes au début des comptages dans les années 1980 explique aussi, pour partie, la faiblesse des effectifs à cette période.

Les échassiers, présents en faibles effectifs sur la façade, ne montrent pas de tendance significative générale. Le Héron cendré semblerait décliner et l’Aigrette garzette augmenterait modérément. Les sites dénombrés à la mijanvier ne s’avèrent en fait pas exhaustifs pour ces deux espèces à large répartition hivernale.

Réserve naturelle nationale de Beauguillot, dans la Manche © S. Colas
Réserve naturelle nationale de Beauguillot, dans la Manche © S. Colas