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L'irrésistible évolution des paysages littoraux par le camping-caravaning sur parcelles privées

Activités économiques littorales et maritimes, Économie maritime et des territoires littoraux, Pression des activités humaines terrestres et maritimes

Rédacteur : France Poulain, architecte, Lab. CNRS Théories des Mutations Urbaines

Sur le littoral français, les espaces de transition situés entre espaces naturels strictement protégés et espaces déjà urbanisés permettent de mieux préserver les caractéristiques propres aux espaces cités ci-avant en opérant une réelle séparation entre les zones. La loi Littoral tente notamment de préserver les espaces naturels restants sur le littoral français et les règlements d'urbanisme deviennent de plus en plus contraignants. Or, ils connaissent des évolutions inattendues, souvent illégales et peu visibles comme l'est celle issue de la progression du camping-caravaning sur parcelles privées. Nous allons voir comment la présence souvent illégale de plusieurs dizaines de milliers d'habitats de plein air conduit à l'implantation de caractéristiques paysagères d'espaces urbanisés dans des espaces agricoles ou naturels. Pourquoi les paysages issus du camping-caravaning sur parcelles privées (1) sont-ils si souvent décriés par ceux qui souhaiteraient voir perdurer une nature intacte dans les espaces de transition ?

L'étude des évolutions paysagères permet-elle de comprendre les visions différenciées des différents groupes d'acteurs présents sur le littoral comme les représentants des associations de protection de l'environnement, les élus municipaux, les propriétaires terriens et les responsables de l'urbanisme de l'Equipement. L'étude du camping-caravaning sur parcelles privées offre la possibilité de visualiser les attentes de chacun des acteurs quant au devenir de ces espaces intermédiaires qui ne sont réglementairement pas destinés à être les supports d'habitats permanents et de modes de vie urbains.

Cette situation est visible sur l'ensemble des espaces littoraux en transition et notamment dans les départements qui ont connu un développement balnéaire relativement tardif au cours du 20ème siècle. Les résultats présentés ci-après proviennent d'une étude menée sur une quarantaine de communes entre 1997 et 2004 à partir d'études faites sur le terrain, d'archives photographiques, de recensements et d'entretiens auprès de plusieurs centaines de familles de campeurs.

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L'apparition et la sédentarisation du camping-caravaning sur parcelles privées

A partir des années 1970, le camping-caravaning sur parcelles privées se constitue en tant qu'occupation alternative en lieu et place des activités agricoles en déclin. Des citadins acquièrent des parcelles agricoles ou naturelles et profitent de prix fonciers plus accessibles que ceux des parcelles constructibles. Leurs motivations sont multiples entre désir d'une résidence secondaire en bord de mer, nécessité d'une régularisation pour les anciens campeurs sauvages ou besoin d'espace ou de tranquillité pour les amoureux de la nature. Néanmoins, quelle que soit la raison de leur choix, tous savent qu'ils ne peuvent y construire mais estiment possible et juste de pouvoir y implanter un habitat de plein air.

Les parcelles se couvrent alors de caravanes qui demeurent uniquement le temps de la saison estivale puisque les campeurs tentent de respecter la réglementation. En effet, les possesseurs de caravanes peuvent les installer moins de trois mois consécutifs ou non sans en demander l'autorisation, à condition que leurs parcelles se trouvent dans un espace qui n'interdit pas le stationnement des caravanes hors des terrains de camping. Ce respect d'une occupation temporaire va être progressivement mise à mal par les désirs des campeurs de jouir pleinement d'une parcelle en bord de mer. Ils sont plus de 70% à estimer que le droit de propriété leur permet de disposer d'un droit à implanter leur habitat de loisir de manière pérenne. La caravane est progressivement remplacée par le mobile home, plus confortable et surtout de dimensions plus importantes. Le caractère réversible et proche de la nature des habitats de plein air disparaît.

Les aménagements débutent par le stationnement à l'année des habitats sur les parcelles puis se poursuivent avec la fixation au sol de l'habitat qui perd ses moyens de mobilité. Par la suite, les campeurs installent terrasse ou véranda pour disposer de plus de confort. Ces ajouts se pérennisent et se cloisonnent jusqu'à devenir de véritables pièces à vivre de l'habitat. Ainsi, la cuisine et la salle à manger sont souvent délocalisées dans l'une des annexes afin de libérer l'espace interne des habitats de plein air. L'analyse (2) d'une centaine de parcelles de camping-caravaning sur parcelles privées accompagnée d'entretiens avec leurs propriétaires a montré que les campeurs reconstituent les spécialisations des espaces traditionnels des résidences. La structure initiale se renferme progressivement jusqu'à devenir uniquement accessible aux membres de la famille puisque les invités sont accueillis dans les extensions. Les campeurs construisent des abris sanitaires supplémentaires mais aussi des abris nécessaires à leurs loisirs comme la pêche, le bricolage ou le jardinage. Les habitats de plein air disparaissent progressivement sous les aménagements et ce sont des cabanes qui sont visibles sur les parcelles. De substituts, les habitats de plein air vont acquérir tous les attributs d'une résidence secondaire (3) et vont progressivement s'éloigner du camping respectueux de la nature des années 1940 (4).