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Outre-mer : des enjeux mondiaux de préservation de la biodiversité

Etat du milieu marin et littoral, Etat biologique, Outils de gestion, de protection de la nature, d’aménagement et d’urbanisme

Rédacteur : Sébastien Moncorps, UICN France

Un patrimoine naturel d'importance internationale

Avec une surface quatre fois et demi plus petite que la métropole, les collectivités d'outre-mer abritent comparativement 100 fois plus de poissons d'eau douce, 60 fois plus d'oiseaux, 26 fois plus de plantes et 3,5 fois plus de mollusques endémiques. Ainsi, avec 3450 plantes et 380 animaux vertébrés uniques au monde, l'outre-mer accueille autant d'espèces endémiques que toute l'Europe continentale !

Le milieu marin complète ce formidable palmarès avec 10 % des récifs coralliens et lagons de la planète. Dans de nombreuses collectivités d'outre-mer, les milieux côtiers offrent des zones d'alimentation et de reproduction importantes pour une grande partie des espèces de tortues marines et de cétacés existant sur la planète.

La méthodologie des " points chauds " illustre bien l'importance majeure de l'outre-mer et la responsabilité qui en découle pour la France. Les collectivités françaises appartiennent à 4 points chauds de biodiversité sur les 25 existants dans le monde (Caraïbes, Océan indien, Nouvelle-Calédonie, Polynésie).

Ces points chauds sont des zones prioritaires pour la conservation de la biodiversité mondiale. Ils abritent en effet 60% des espèces terrestres sur à peine 1,44 % des terres émergées mais ont subi une perte d'au moins 70% de leur couvert végétal originel.

La Guyane appartient elle à l'un des 3 derniers grands massifs forestiers du monde, l'Amazonie, et elle est considérée comme le "pays" le plus riche en eau de toute la planète (812 121 m3 par an et par habitant), en excluant le Groenland et l'Alaska. 

Localisation des 25 points chauds
Localisation des 25 points chauds

... Déja fortement menacé

Or, disparaissant progressivement et souvent définitivement depuis de nombreuses décennies, ce patrimoine naturel rencontre un grand nombre de menaces :
• urbanisation et construction d'infrastructures ;
• exploitation minière et forestière, intensification de l'agriculture ;
• invasion d'espèces exotiques ;
• pollutions ;
• changement climatique...

Depuis 400 ans, on recense 60 fois plus d'extinctions globales d'espèces dans les collectivités d'outre-mer qu'en métropole. La France se classe au 5ème rang mondial pour le nombre d'espèces animales menacées et au 9ème rang pour les plantes selon la Liste Rouge des espèces menacées de l'UICN, principalement du fait des espèces présentes en outre-mer.
Certains milieux naturels ont été particulièrement touchés et subissent toujours de fortes menaces. Les forêts sèches ou semi-sèches qui s'étendaient autrefois le long des côtes ont quasiment disparu :
• à la Réunion, 90 % d'entre elles ont été transformées en cultures ou habitats secondaires ;
• en Nouvelle-Calédonie elles n'occupent plus que 1 % de leur surface initiale.

Les milieux côtiers abritent encore des exemples représentatifs de forêts littorales, écosystèmes vulnérables à l'échelle mondiale, mais de nouvelles menaces se profilent comme celles liées à l'exploitation pétrolière off-shore en Guyane.

Le Comité français de l'UICN appelle tous les acteurs à se mobiliser...

Iguane des petites Antilles

Face à cette réalité et malgré les efforts locaux entrepris pour la préservation de ce patrimoine, les moyens ne sont toujours pas à la mesure de l'enjeu. Il est urgent que les collectivités d'outre-mer et l'Etat français prennent la pleine mesure de leur responsabilité pour la conservation de ces hauts-lieux de la biodiversité mondiale. Ils doivent tout mettre en oeuvre pour respecter leurs engagements pris dans le cadre de la Convention sur la diversité biologique, qui s'est traduit au niveau européen par l'objectif de stopper le déclin de la biodiversité en 2010. Grâce à l'implication de son réseau d'organismes et d'experts, le Comité français pour l'UICN a lancé la mise en œuvre d'un programme d'actions sur l'outre-mer. Ce programme comporte trois axes essentiels : amélioration et partage des connaissances, analyse des politiques de développement au niveau national et européen, et renforcement des acteurs locaux. Il poursuit ainsi ses efforts de mobilisation de tous les acteurs - collectivités d'outre-mer, Etat, associations et Commission européenne - pour garantir la préservation de ce patrimoine naturel unique au monde et offrir ainsi aux collectivités d'outre-mer toutes les opportunités d'un véritable développement durable.