Analyse générale


Chiffres-clés et origine des déchets :

Plus de 10 millions de tonnes de macrodéchets sont rejetés chaque année dans l’environnement marin. L’essentiel, 80 %, provient de la terre et le reste, 20 %, des activités maritimes : transport, pêche, aquaculture. Ces déchets affectent tous les compartiments du milieu marin. On estime que 15 % ont été rejetés sur la plage, le signe le plus évident de cette pollution, 15 % flottent en surface ou dans la colonne d’eau et la majorité, 70 %, a coulé et s’est déposée sur les fonds marins.

Figure 1 : origine et localisation des déchets
Sources : Ifremer. Traitements : Ifremer et SOeS, Observatoire national de la mer et du littoral.
A partir d’une pollution considérée, dans un premier temps, comme une nuisance esthétique, les études ont démontré de nombreux effets potentiellement néfastes pour l’environnement marin, tels que le transport des polluants organiques persistants, la diffusion de composés toxiques, la dissémination d’espèces exotiques, l’enchevêtrement des grands organismes (mammifères, poissons), la mortalité de nombreuses espèces marines (oiseaux de mer, tortues) et la modification de la structure des communautés benthiques (vivant à proximité du fond).

Les sources de ces déchets sont nombreuses, en mer comme sur terre :
  • Les communes littorales métropolitaines ont une forte densité de population, près de trois fois la moyenne hexagonale, et une capacité d’accueil touristique très élevée. Les concentrations humaines peuvent être très élevées, surtout en période estivale, et générer la production de nombreux déchets à proximité immédiate de la mer. Les plus fortes concentrations humaines concernent le littoral du Nord, la baie de Somme, l’estuaire de Seine, la côte fleurie, ponctuellement le littoral nord de la Bretagne, une part importante du linéaire côtier du sud de la Bretagne à la frontière espagnole, l’essentiel du pourtour méditerranéen continental, surtout la côte d’Azur, et ponctuellement les côtes corses (Balagne et secteur sud-est) ; les littoraux méridionaux ayant généralement des concentrations de population plus fortes que les plus septentrionaux ;
  • Le trafic maritime : sur le rail de navigation du Pas-de-Calais à Ouessant, et à proximité des côtes méditerranéennes ;
  • La pêche et la conchyliculture : surtout dans le Nord – Pas-de-Calais et du Cotentin au bassin d’Arcachon, dont les côtes bretonnes ;
  • Les zones industrielles littorales, principalement dans les grands ports maritimes : Dunkerque, Rouen – Le Havre, Nantes – Saint-Nazaire, La Rochelle, Bordeaux et Fos – Marseille, et leurs voies d’accès en mer ;
  • Les grands secteurs de plaisance : les côtes bretonnes, le bassin d’Arcachon et le littoral méditerranéen.
  • Les fleuves, au premier rang desquels la Somme, la Seine, la Loire, la Charente, La Gironde, l’Adour, le Rhône et le Var ;
  • Les grands courants marins provenant des pays frontaliers, en Atlantique et en Méditerranée.

Les déchets s’accumulent, par exemple, dans les canyons  d’Atlantique et de Méditerranée, sous l’effet de plusieurs paramêtres comme les courants, le panache des grands fleuves, les vents dominants et la bathymétrie.

Figure 2 : sources des déchets et de leur concentration
Sources : Ifremer. Traitements : Ifremer et SOeS, Observatoire national de la mer et du littoral.

Sur le littoral :

La quantité et la nature des déchets reste mal connue sur le littoral français malgré les initiatives de collecte et de tri des déchets sur les plages, menées par les acteurs de la sphère publique et du monde associatif ; la sensibilisation à l’égard de leurs impacts étant croissante, par ailleurs.

Les données concernant les macrodéchets sur les plages sont de loin les plus nombreuses et les plus anciennes. Ces déchets sont en effet les plus visibles et les plus accessibles pour mener des observations. Les informations existantes résultent d’études menées par des équipes scientifiques avec des méthodes diverses (Velander et Mocogni, 1999, Loubersac, 1982) mais aussi par de nombreuses associations. L’importance des données collectées sur les plages par rapport aux autres compartiments reflète également l’évolution récente de cette thématique, considérée pendant longtemps comme une nuisance visuelle et esthétique et qui est désormais regardée comme une véritable pollution de l’environnement marin avec des impacts multiples.

Ces déchets ont pour origine les activités terrestres et maritimes. Ils peuvent aussi être abandonnés directement par les usagers des plages, en particulier en période estivale, ou provenir des apports par la mer ou le vent. Les plastiques représentent environ 80 % des déchets dénombrés sur le littoral (figure 3). Les autres, déchets sanitaires, papier et carton, tissu, métal et verre représentent des parts bien moindres. Les emballages alimentaires sont largement représentés. Les déchets liés à l’hygiène et à la santé sont aussi présents. Des médias biofiltrants (supports de culture pour des micro-organismes utilisés pour purifier les eaux usées) issus des stations d’épuration échouent aussi sur les plages en quantité non négligeable selon les secteurs. On trouve également des jouets d’enfants, des boîtes d’appâts et du fil de pêche, indicateurs des activités de loisirs. Enfin, le secteur du tabac  avec les innombrables mégots, paquets de cigarettes, briquets et films plastiques d’emballage, est également présent.

Figure 3 : type de déchets dénombrés sur le littoral

En mer :

Il existe peu d’évaluations relatives aux déchets flottants. Compte-tenu de l’immensité des surfaces à couvrir pour obtenir des estimations fiables, ces observations sont souvent réalisées par des équipes scientifiques lors de campagnes océanographiques multi-objectifs (comptages de cétacés, d’oiseaux marins, prélèvements de plancton de surface…). On note aussi quelques initiatives de campagnes d’observation par des navigateurs lors de traversées océaniques et de circum-navigation (ex : watch the Waste : www.watchthewaste.free.fr).

Les méthodes d’observation et de comptage des macrodéchets sur les fonds sont généralement mises en oeuvre par des équipes scientifiques disposant de moyens océanographiques ou en association avec les pêcheurs professionnels, ce qui garantit la rigueur de la démarche et la fiabilité des résultats (Galgani et al, 2000 ; Stefatos et al, 1999). Sur les fonds des mers d’Europe, les plastiques, dont certains sont flottants, représentent plus de 70 % des déchets observés. Une quantité significative de matériel de pêche est également retrouvée sur le fond.

Le cas des microplastiques :

Environ les trois quarts des déchets observés sur le littoral, flottant en surface et déposés sur les fonds marins sont en matière plastique, qui ne se décompose pas mais se fragmente en particules transportées par les courants. Des études ont démontré que certains  plastiques sont déjà sous forme de microplastiques quand ils atteignent le milieu marin. C’est le cas des billes industrielles, matière première pour l’élaboration des objets en plastique.

On définit les microplastiques par leur taille comprise entre 0.3 et 5 mm. Les seules données disponibles en France concernent une évaluation des microplastiques d’origine industrielle (granulés) sur des plages aux abords de zones urbanisées sur toutes les façades ainsi qu’un bilan des microparticules flottantes en Méditerranée et dans le golfe de Gascogne.

Figure 4 : les microplastiques flottants en Méditerranée
Sources : Ifremer

Détail par sous-région marine


En Manche - mer du Nord :

Les sources de déchets sont nombreuses en Manche – mer du Nord. La sous-région connaît un trafic maritime très dense, du fait de la présence de grands ports maritimes de l’estuaire de la Seine à Anvers, Hambourg et Rotterdam. La pêche et la conchyliculture y sont aussi très actives. Cette zone possède, par ailleurs, quelques grandes villes (Dunkerque, Calais, Boulogne, Rouen-Le Havre), avec un tourisme relativement peu important, en comparaison avec le golfe de Gascogne et le pourtour méditerranéen. On note, par ailleurs, deux zones industrielles dans le Pas-de-Calais (Boulogne – Calais – Dunkerque) et dans l’estuaire de la Seine (Rouen – Le Havre). Enfin, deux fleuves importants s’y déversent, la Seine et, avec un débit nettement moindre, la Somme.

Figure 5 : répartition des déchets sur les fonds de la Manche et de la mer du Nord
Sources : Ifremer
Sur le littoral, les déchets s’accumulent près des embouchures de la Somme et de la Seine sur des secteurs variant suivant le débit des fleuves. L’apport de la Seine est loin d’être négligeable avec un dépôt sur les plages évalué à 9 000 tonnes sur 30 ans. Le trafic maritime intense et la forte activité de pêche génèrent également un apport de déchets composés, en majorité, de plastiques, même si un petit pourcentage reste des déchets abandonnés sur place. Les courants de marée sont importants en Manche. Ils ont un fort impact sur la distribution des déchets à la côte. Enfin, l’activité mytilicole peut aussi être une source de macrodéchets. Elle pourrait représenter jusqu’à 60 % des déchets en Somme (pochons à moules), d’après le Conservatoire du littoral.

En mer, il est difficile d’estimer les déchets flottants en raison des courants dans cette zone et des difficultés analytiques. Un suivi dans le nord de la zone (entrée de la mer du Nord) permettrait de préciser les quantités pouvant entrer en mer du Nord, source de problème transfrontalier. De même, une évaluation ponctuelle de la situation et une évaluation des apports par la Seine permettraient de fournir des informations actuellement inexistantes.

Sur le fond, les données issues des campagnes IBTS (International Bottom Trawl Survey), notamment en Manche orientale, permettront de suivre l’évolution des quantités en vue de l’atteinte du Bon Etat Ecologique dans le cadre de la Directive-cadre Stratégie pour le milieu marin (DCSMM).

Les seules données disponibles sur les microparticules dans cette sous-région concernent les microplastiques d’origine industrielle (granulés flottants échoués, sphérules de polystyrène exclues) sur des plages aux abords de zones naturelles, urbanisées ou industrielles. La baie de Seine est la seule zone de Manche Orientale où de fortes  concentrations de granulés plastiques industriels ont été recensées (port de plaisance du Havre). Cette pollution provient majoritairement des bassins portuaires et industriels et des apports de la Seine. On trouve en Manche Orientale une concentration de particules contenant environ 50 % de « granulés recyclés » sur certaines plages naturelles du détroit de Calais, qui pourraient provenir des estuaires de la Seine et de la baie de Somme, via les courants portant vers le nord-est dans cette zone. En Cotentin et Nord Bretagne, la présence de granulés est ponctuelle et probablement liée à une forte dispersion.

En mers Celtiques :

La zone est caractérisée par des contraintes physiques, notamment courantologiques, l’absence de zone profonde et une pression du tourisme faible, limitée aux îles. Les facteurs essentiels sont constitués par la présence d’une activité de pêche importante, de sources de déchets alentours, et d’un rail de navigation avec un trafic conséquent, environ 150 navires par jour.

L’île d’Ouessant est la seule terre émergée de cette sousrégion marine et il n’existe pas de données relatives aux macrodéchets sur son littoral.

En mer, selon les données de campagnes de l’Ifremer, près de 90 % des déchets dans cette zone sont issus de la pêche. Il existe également des risques d’apports ponctuels voire accidentels de déchets issus des navires (perte de conteneurs par exemple).

Figure 6 : répartition des déchets sur les fonds en mers Celtiques
Sources : Ifremer

Dans le golfe de Gascogne :

Plusieurs fleuves se déversent dans le golfe. Côté français, les principaux sont la Loire, la Garonne, la Charente et l’Adour. Les vents dominants sont de secteur ouest. Le transport maritime est limité au transit vers les grands ports (Nantes, Bordeaux et La Rochelle) et à un transit continent-îles. Le tourisme est développé sur l’ensemble de la façade et l’activité de navigation de plaisance est forte en période estivale. L’activité de pêche est localisée sur le plateau et le haut du talus continental, notamment en sud Bretagne et au pays basque. Le courant du Portugal (Nord Espagne) est responsable d’apport de déchets, principalement au pays basque et dans les Landes. Enfin, la conchyliculture est développée notamment dans les secteurs d’Arcachon, de Marennes-Oléron, en baie de Bourgneuf et en sud Bretagne.

Cette sous-région présente une forte variabilité de la répartition des déchets sur le littoral. Certains types de déchets sont largement représentés (médias biofiltrants provenant de stations d’épuration, cotons tiges). Les côtes aquitaines sont fortement concernées par les macrodéchets notamment dans les Landes et les Pyrénées-Atlantiques (52 m3/km de plage/an de déchets non naturels collectés).

Les données de chalutage révèlent des concentrations plus fortes de déchets en mer au niveau de l’estuaire de la Loire et dans une zone plus au large s’étendant vers le sud, probablement dues à une forte activité de pêche au sud de la Bretagne (figure 7). Les autres zones importantes sont la vasière au large de la Gironde, du fait des houles d’ouest et des  forts débits de la Garonne en période hivernale, ainsi que les deux canyons de Sud Atlantique, et particulièrement celui de Capbreton, où les déchets ont tendance à s’accumuler (Galgani et al.,2000).

Figure 7 : répartition des déchets sur les fonds dans le golfe de Gascogne
Sources : Ifremer
En ce qui concerne les microplastiques en mer, une campagne opérée en mai 2013 révélait une moyenne de 318 particules/ha sur 25 prélèvements effectués. Les données sur les plages sont partielles et portent essentiellement sur les granulés industriels (polymères plastiques de synthèse avant leur formage et leur utilisation dans l’industrie) et révèlent des quantités plus importantes sur les plages d’Aquitaine.

En Méditerranée :

Le littoral méditerranéen continental est fortement peuplé avec des villes parmi les plus importantes de métropole comme Marseille, Toulon, Cannes ou Nice. Il possède aussi une importante capacité d’accueil touristique et le nautisme y est très présent. Le trafic maritime est dense et les courants importants (courant Liguro-Provençal provenant d’Italie et longeant les côtes). Les fonds marins sont découpés par de nombreux canyons, surtout au large de la Provence mais aussi du Roussillon. Enfin, le vent est souvent fort, en particulier de secteur Nord-Ouest (Mistral et Tramontane) et le Rhône a le débit le plus important des fleuves de métropole (moyenne de 1 700 m3/s).

Les sources des déchets sur les plages sont diverses et dépendent de la période de l’année. En été, la forte fréquentation des plages et des zones de mouillage entraîne une augmentation des déchets issus des activités balnéaires. Toute l’année, de façon chronique ou exceptionnelle en fonction de la météorologie, les déchets sont issus de la conjonction de plusieurs phénomènes : les rejets individuels dispersés dans les villes côtières et la gestion plus ou moins appropriée des rues et cours d’eau, balayés par les éléments naturels, pluies et vents qui les transportent jusqu’à la mer. Les macrodéchets qui s’échouent sur le littoral méditerranéen français sont majoritairement en matière plastique (90 %). Même s’il est encore aujourd’hui difficile d’observer une tendance, au vu des données disponibles, les quantités collectées ne diminuent pas. Les principales zones d’accumulation sont situées sous les vents dominants et à proximité de l’embouchure des fleuves. Les îles, exposées à tous les vents, situées devant des zones à forte densité de population et des zones touristiques constituent des sites d’études idéaux. De 1987 à 2011, la moyenne des déchets anthropiques trouvés sur les plages nettoyées tous les jours est de 0,08 m3/100 m. Sur une zone d’échouage préférentielle (plage de la Crine au Frioul) et rarement entretenue (criblage mécanique ou nettoyage manuel), étudiée de 2007 à 2011, le volume par nettoyage est de 6,44 m3/100 m.

Les données issues des campagnes internationales de chalutage démersal (près du fond) en Méditerranée (MEDITS) montrent une quantité significative de déchets flottants au large des villes de Toulon, Cannes et Nice, le large de Marseille restant moins touché. Peu de déchets flottants sont présents près des côtes et leur abondance augmente vers le large. Cette répartition des déchets flottants en surface, variable dans le temps est essentiellement conditionnée par les courants marins notamment le courant Liguro-Provençal, et très localement par les vents. En Corse, les déchets flottants sont répartis de manière plus uniforme, avec cependant des densités plus importantes au large du golfe d’Ajaccio.

Figure 8 : répartition des déchets sur les fonds de Méditerranée
Sources : Ifremer
Les données pour l’évaluation des déchets sur les fonds de Méditerranée occidentale ont été acquises durant des campagnes de chalutage dédiées à l’évaluation des ressources halieutiques et à l’analyse d’observations réalisées à l’aide de submersibles. Les résultats démontrent la présence d’accumulation de détritus en face des grandes métropoles (Marseille, Toulon, Nice) ou de villes très touristiques incluant le pourtour de la Corse Occidentale (Calvi, Ajaccio, Saint Florent). En revanche, le plateau continental du golfe du Lion est moins touché. La plaisance et la pêche y sont peu importantes alors que le panache du Rhône, le Mistral et la Tramontane poussent les déchets vers les canyons occidentaux (Lacaze-Duthiers, Banyuls) et orientaux (Marseille). Dans certains canyons, les déchets issus de la pêche peuvent représenter plus de 90 % des déchets (Canyon Lacaze Duthiers). On note une baisse significative du nombre des déchets déposés sur le fond au cours des 14 dernières années. Elle est plus marquée dans le golfe du Lion. L’étude typologique (Galgani et al, 2000 & 2011) donne un pourcentage de plastiques de 24 % dans le golfe du Lion et 31 % en Corse Orientale. Les pourcentages d’objets liés à la pêche représentent respectivement 20 % du total dans le golfe du Lion et 1 % en Corse Orientale. La part des plastiques a augmenté ces dernières années en Corse, celle des déchets issus de la pêche a augmenté sur l’ensemble des zones échantillonnées.

L’analyse de microparticules flottantes en mer est récente et les données concernent huit campagnes réalisées de 2010 à 2012 sur les côtes françaises de Méditerranée occidentale. La concentration moyenne est élevée, avec une densité de 1 000 particules/ha. Elle est très variable selon les sites échantillonnés et reste dépendante des courants marins. Les données « granulés industriels » sur les plages révèlent une abondance significative dans le golfe de Fos (plage du Cavaou). D’une manière générale, les données sont actuellement trop limitées pour tirer des conclusions définitives. Elles doivent être complétées par des mesures à plus grande échelle, notamment en mer où se trouvent les quantités les plus importantes de microparticules.

Impact des déchets sur la faune


La présence de déchets dans le milieu marin représente un risque de mortalité directe ou d’impacts indirects pour la vie marine. Afin d’évaluer la tendance des quantités et de la composition des déchets ingérés par les animaux, en l’absence d’une espèce ubiquiste, le Fulmar boréal est l’indicateur retenu en Manche – mer du Nord et en mer Celtique et la tortue en golfe de Gascogne et en Méditerranée.

En Manche - mer du Nord :

C’est surtout dans le cadre de la convention Ospar de coopération internationale pour la protection de l’environnement marin de l’Atlantique du Nord-Est (Ospar, 2009) que la donnée et les suivis de l’impact des déchets sur la faune marine se sont structurés. Ainsi, un EcoQO (Ecological Quality Objective) sur le contenu stomacal des spécimens de fulmars retrouvés échoués a été mis en place et permet aujourd’hui une évaluation. La synthèse réalisée par la LPO (De Seyne, 2010) montre que les données collectées sur les fulmars boréaux en France (1972-2008) sont peu nombreuses. Sur 372 oiseaux, la cause de la mort n’est déterminée que pour 115 individus, 5 % dans le Pas de Calais et 70 % en Normandie ont plus de 0,1 gramme dans l’estomac. Le peu de données ne permet pas d’évaluer les tendances. Au sein du Parc naturel marin d’Iroise certaines colonies de cormorans huppés présentent un pourcentage très élevé (>95 %) de nids contenant des macrodéchets.

L’indicateur construit sur l’ensemble de la Manche dans le cadre de la convention Ospar montre une progression de la part des fulmars morts avec plus de 0,1 g de plastique dans leur estomac. Avec environ 85 % des spécimens concernés pour 2007-2011, c’est le plus  haut niveau parmi les différentes régions étudiées (Sud-Est de la mer du Nord, Skagerrak, Est de l’Angleterre, îles d’Ecosse, îles Féroé).

Figure 9 : part des fulmars boréaux morts ayant plus de 0,1 g de plastique dans leur estomac en Manche, en %
Sources : Convention Ospar. Traitements : SOeS, Observatoire national de la mer et du littoral.

Dans le golfe de Gascogne et en Méditerranée :

Il existe un dispositif organisé d’observation des impacts des déchets sur les tortues, avec des données gérées sur l’ensemble de la façade Atlantique, 30 % des individus présentent des déchets, principalement chez les tortues luth et caouanne. Ces espèces sont recommandées au niveau européen comme indicateur d’impact sur la faune.

En Méditerranée, 146 tortues ont été recueillies depuis 2003 au centre d’étude et de sauvegarde des tortues marines. Les 82 tortues vivantes ont été relâchées après soins. Pour les 64 mortes, les autopsies ont révélé que les déchets ingérés étaient principalement  constitués de matières plastiques, de fils de nylon et d’hameçons.